« Les marchés émergents, c’est bon pour les paris risqués, pas pour construire un patrimoine sérieux. » C’est ce que beaucoup d’épargnants se sont dit pendant dix ans, en regardant ces marchés sous-performer sans relâche. Sauf qu’en 2025, l’indice des pays émergents a grimpé d’environ 34 %, et il continue sa progression en 2026. De quoi se reposer une vraie question : faut-il y revenir, ou ce rebond est-il un nouveau piège ?
Pourquoi tout le monde a boudé les émergents pendant dix ans
Le constat est sans appel : sur la décennie 2011-2020, l’indice MSCI Emerging Markets a affiché une performance annuelle moyenne autour de 6,8 %, contre près de 11,7 % pour le MSCI World, avec en prime une volatilité plus élevée. Les bénéfices des entreprises émergentes n’ont tout simplement pas suivi ceux des entreprises occidentales. Résultat : une génération entière d’investisseurs s’est progressivement désintéressée de cette classe d’actifs, la jugeant plus risquée pour un rendement finalement inférieur.
Le retour en force de 2025-2026
Et puis le vent a tourné. Les ETF répliquant le MSCI Emerging Markets ont gagné environ 32 % à 34 % sur l’année 2025, et près de 16 % supplémentaires sur les quatre premiers mois de 2026, devançant largement les marchés développés hors États-Unis. Deux moteurs expliquent ce retournement : un dollar américain affaibli, qui profite mécaniquement aux actifs émergents, et un boom des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle qui a propulsé la Corée du Sud (+93 % en 2025) et Taïwan (+38 % en 2025) au sommet de l’indice.
Ce qu’il y a vraiment dans votre ETF « pays émergents »
C’est sans doute le point le plus mal compris : un ETF « marchés émergents » n’est pas une exposition diluée sur des dizaines de pays. C’est, de fait, un pari concentré sur l’Asie et la technologie :
| Pays | Poids dans l’indice (2026) |
|---|---|
| Taïwan | environ 26 % |
| Corée du Sud | environ 23 % |
| Chine | environ 20 % |
| Inde | environ 11 % |
| Brésil | environ 4 % |
| Autres pays | environ 15 % |
À elle seule, l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs représente plus de 16 % de l’indice. Le poids de la Chine, lui, a reculé de plus de 6 points en un an, les investisseurs internationaux ayant réorienté leurs capitaux vers les valeurs technologiques taïwanaises liées à l’intelligence artificielle. Autrement dit, la performance de votre ETF « émergent » dépend aujourd’hui davantage de la santé de l’industrie des puces électroniques que de la croissance économique du Brésil ou de l’Afrique du Sud.
Les risques qui ne disparaissent jamais
Trois risques restent structurels sur cette classe d’actifs, rebond ou pas :
- Le risque de change : les devises émergentes sont volatiles, et une partie de la performance en euros dépend du cours du dollar et des monnaies locales, pas seulement de la performance des entreprises.
- Le risque de concentration géopolitique : avec près de 70 % de l’indice logé dans trois économies (Taïwan, Corée du Sud, Chine), les tensions commerciales ou géopolitiques dans cette zone pèsent directement sur tout l’ETF.
- Le risque réglementaire et politique : changements de règles, contrôle des capitaux ou instabilité politique restent plus fréquents sur ces marchés que sur les économies développées.
Frais et couverture de change : les détails qui comptent
Les ETF émergents accessibles en PEA via des émetteurs comme Amundi affichent des frais annuels de 0,30 % à 0,55 %, contre 0,18 % seulement pour certains ETF capitalisants logés en compte-titres. Une couverture de change, qui neutralise les variations de devises, coûte généralement 0,15 à 0,25 % de frais supplémentaires par an et limite aussi vos gains potentiels si la devise locale s’apprécie. Sur un horizon de 10 à 15 ans, l’effet des devises a tendance à s’équilibrer, ce qui rend la couverture moins indispensable pour un investisseur de long terme.
Alors, bonne ou mauvaise idée ?
Ni l’un ni l’autre : c’est une question de dose et d’horizon. Après une décennie de sous-performance suivie de deux années de rattrapage spectaculaire, les marchés émergents prouvent surtout une chose : ils sont imprévisibles à court terme, mais ils restent un moteur de diversification réel, porté par une croissance économique et démographique que les marchés développés n’ont plus. La plupart des professionnels les positionnent comme un complément, autour de 5 % à 15 % de la poche actions, et jamais comme le cœur d’un portefeuille, en raison de la concentration sur l’Asie et de la volatilité qui va avec.
Avant d’ajouter cette brique à votre portefeuille, encore faut-il savoir ce que vous avez déjà : si votre assurance-vie ou votre PEA contient déjà des fonds mondiaux fortement exposés à l’Asie, un ETF émergent supplémentaire peut faire doublon sans que vous le sachiez. C’est exactement ce que la cartographie patrimoniale Fitekk fait apparaître automatiquement, avant que vous n’ajoutiez une nouvelle ligne à votre stratégie.
Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.